En-quêtes de vie pour découvrir qui je suis

#04 Une histoire en secrets : Nadine

Suite en cours de rédaction !

Mon premier “contact” avec ma tante Nadine

À l’époque, je vivais chez mes parents, à Nantes, j’avais 14 ans.

Un soir du mois de mars 2000, le téléphone sonne tardivement. Mes parents décrochent. Au bout du fil, quelqu’un cherche à joindre ma mère. Il est à l’Ambassade de France au Mexique.

Il lui explique avoir eu des difficultés à la trouver.

Sa sœur Nadine est décédée. Elle a été assassinée par l’homme qui l’hébergeait.

Je me souviens qu’au moment de l’appel, j’étais montée dans ma chambre pour me coucher, au 1er étage. Ma mère avait répondu au téléphone à ce même étage (nous avions un téléphone au rez-de-chaussée, et un autre au 1er). Elle s’était assise sur la dernière marche du haut des escaliers pour écouter l’ambassadeur qui lui parlait des documents administratifs à faire.

Ma chambre était juste à côté, mais je ne comprenais pas de quoi il s’agissait, ni de qui il était question. Je savais juste que quelque chose s’était passé, surtout du fait qu’il était plus de 21h et que ma mère semblait perturbée.

Après un moment, elle a raccroché, puis elle est venue me souhaiter une bonne nuit comme elle faisait d’habitude. Elle m’a annoncé que ma tante avait été assassinée au Mexique. Je me suis aussitôt mise à pleurer. J’étais choquée d’apprendre deux nouvelles qui dans mon esprit d’adolescente, ne pouvait pas, normalement, être associées ensemble :

- j’avais une tante du côté de ma mère (je ne le savais pas, à moins que l’information ne m’ait complètement échappée, toutefois celle-ci faisait bien partie du choc que j’ai eu ce soir-là) ;

- cette inconnue, qui faisait pourtant partie de ma famille, avait été assassinée.

Dans les semaines qui ont suivi, ma mère a eu à gérer certaines choses concernant la succession de sa sœur. Il me semble que c’était complexe dans la mesure où il s’agit d’un décès à l’étranger, toutefois je ne me rappelle de rien, si ce n’est cet après-midi-là où nous nous sommes rendues elle et moi au tribunal. Un grand bâtiment noir, noir également à l’intérieur, avec un tapis rouge courant dans tous les couloirs. Une ambiance austère et étouffante. C’est seulement ce décor et cette atmosphère qui me sont restés en mémoire.

Une relation dans l’invisible

Des années plus tard, ayant sous les yeux l’arbre généalogique familial qui avait été réalisé quelques temps auparavant avec les informations que les uns et les autres avaient pu trouver, je pris conscience que quelque chose me reliait à Nadine.

En effet, son deuxième prénom est Blanche. Mon prénom usuel est issu du latin candidus, signifiant “blanc”. Par ailleurs, nous sommes les deux seuls individus de la famille au sens large (du moins des dernières générations) à être partis vivre à l’étranger (deux ans pour moi, et une grande partie de sa vie pour Nadine).

Toutefois, en dehors de ces éléments, je n’avais rien de plus, jusqu’à ce début d’année 2026.

Comment cette enquête a pris un nouveau tournant

Nous étions en février 2026 et des informations étaient partagées entre coéquipiers du projet de l’Ecoléo, concernant les comportements de pervers narcissiques. Nous fûmes invités à visionner une série de trois documentaires sur Marie Trintignant et Bertrand Cantat.

À son écoute, lorsque j’entendis le nom de la mère de Marie Trintignant, Nadine, je fus secouée car il est rare que j’entende ce prénom, et dans ce contexte, quelque chose m’interpela. Je décidai alors de faire des recherches sur elle, recherches que j’avais déjà un peu effectué par le passé, sans succès. Cette fois-ci, j’ai découvert des informations importantes pour comprendre mon propre vécu.

En cherchant à partir de divers mots-clés, je tombai rapidement sur un article riche en nouvelles informations, mais dont seule une partie était accessible, le reste étant payant. Disposée à y mettre les quelques euros demandés, je me trouvai confrontée à un refus de paiement, peut-être dû au pays ; en effet, cet article était publié par un journal légal mexicain. Voici la traduction (faite automatiquement) dudit article, de ce que j’ai pu en lire :


https://vlex.com.mx/vid/soledad-muerte-80967698


Inicio > Noticias > Reforma CDMX > 14 de Mayo de 2000 :

La soledad de la muerte (Francisco Rodríguez)


Pendant les plus de 23 ans qu’elle a vécu au Mexique, Nadine Blanche Hervy s’est consacrée à l’art et à l’enseignement de la langue de sa France natale. Et à ses amis. Elle se souciait toujours d’eux et leur tendait la main s’ils avaient des ennuis. Elle n’a jamais imaginé que sa bonne volonté pouvait être fatale.

Nadine, professeure pendant plus de deux décennies au siège à Mexico de l’Institut français pour l’Amérique latine (IFAL), a manifesté dès ses 18 ans ses compétences en tant que institutrice, métier qu’elle a appris à Paris.

Ceux qui la connaissaient affirment qu’elle était indépendante, joyeuse, avec des idées fermes et précises, ce qui l’a amenée à quitter son pays pour développer ses compétences au Mexique.

Dès son arrivée à la fin des années 70, elle a fait preuve d’un amour de l’art, surtout de la performance, une habileté qu’elle a perfectionnée au fil du temps. Jusqu’en mars de cette année, Nadine a combiné sa vocation didactique avec ses projets histrioniques.

Rencontre fatale

Dans le milieu artistique, Nadine, 47 ans, a rencontré des producteurs, des écrivains et des acteurs avec lesquels elle a partagé des dizaines de représentations théâtrales.

Il y a environ un an, elle s’est rapprochée d’un camarade de plateau : l’acteur Adrián Joskowicz Seglison, âgé de 32 ans.

Au début de 1999, Nadine a été invitée avec d’autres amis à une cohabitation chez Adrian. Là, elle et les personnes rassemblées ont été témoins d’une des crises maniaco-dépressives de l’acteur qui, en raison de son attitude violente, a été soumis par ses proches avec une camisole de force et interné dans une clinique… [Le reste de l’article, payant, ne m’était pas accessible.]


Waouh… Là, je tenais quelque chose ! L’individu qui avait probablement assassinée Nadine (dont il était sûr qu’il s’agissait de ma tante) était nommé : Adrián Joskowicz Seglison. Je notais aussitôt son prénom ; Adrien en français, était un prénom qui m’avait toujours donné du rejet, et à l’école primaire puis au collège, un Adrien avait fait partie d’une bande qui me harcelait souvent.


Alors, qui était-ce ?


Me voilà partie à des recherches sur cet homme, qui me menèrent directement à une autre personne, du nom de Esther Seligson.

[À noter qu’il y aurait eu une erreur dans l’article sur le nom de Adrian, qui serait bien Seligson et non Seglison. Lors de mes recherches, je n’avais pas vu cette différence orthographique, mais les informations autour d’Esther Seligson coïncidait bien avec la même famille.]



Esther et Adrian


Esther Seligson était une auteur mexicaine apparemment assez réputée dans les milieux artistiques. Peut-être même aurait-elle connu Nadine ? Lisant un long résumé d’un de ses livres les plus connus, Todo aquí es polvo, qu’on pourrait traduire par “Tout ici est poussière”, j’eus les confirmations dont j’avais besoin, d’un lien mère-fils entre Esther et Adrian :


https://letraslibres.com/revista-mexico/todo-aqui-es-polvo-de-esther-seligson/


Todo aquí es polvo de Esther Seligson


[…]

Sur le fond de cette œuvre se jouait un autre drame que l’écrivaine ne refuse pas de raconter dans toute sa cruauté : le suicide de son fils Adrián, acteur, « un professionnel de la représentation, de l’art de la répétition » selon ses propres termes, après avoir tué à coups de couteau son amie Nadine. Adrien resta cinq jours enfermé avec le cadavre de sa victime et se rendit à la maison de sa mère pour, devant ses yeux, se jeter par la fenêtre et faire voler les onze étages qui le séparaient de la terre : « il vola onze étages en bas dans une volée invraisemblable d’acrobate impeccable. Celui qui ne l’a pas vu ne croira jamais qu’il est tombé 'comme si un Ange l’avait tenu en l’air, dos sur le sol du garage sans laisser une seule goutte de sang, ou qui tachait ses vêtements. » Que pouvait-on ajouter à cette énigme clinique sinon d’autres questions ? « Nos affections ne sont-elles que la projection de carences infantiles ? J’ai été une mère désertrice ? Me suis-je toujours mis à la merci de l’objet aimé, qu’il soit ou non correspondu ? » [Traduction automatique]


Voilà donc la suite de ce que le premier article ne permettait pas de lire : c’est donc bien lui que Nadine aurait hébergé, qui l’aurait tué et ensuite, se serait suicidé.

Cette notion de suicide, je ne peux pas la mettre de côté non plus, même s’il s’agit du meurtrier de Nadine, parce que c’est un acte qui est présent plusieurs fois dans l’arbre généalogique familial : mes grands-parents maternels, puis mon oncle paternel… J’écrirais bientôt sur le thème du suicide, car je sais que c’est important, dans le sens de pesant sur les générations suivantes, et dans le sens de nécessaire à comprendre, de ne pas mettre de côté.

Lorsque j’ai eu ces dernières informations, je me suis arrêtée dans mon enquête avec la sensation d’avoir abouti quelque chose pour éclairer en moi des données familiales, des explications que je n’avais pas, bien que j’en ai oublié une partie datant de l’époque de la succession et du tribunal, en 2000.

C’est donc porteuse de ces informations que je suis revenue voir et parler avec ma famille, quelques semaines plus tard.


Ma sœur me pousse à aller plus loin


Ma sœur S est la première à qui j’ai raconté ces découvertes concernant Nadine. Puis mon autre sœur, enfin ma mère, ont été informées également. Je restais encore sur cette sensation d’avoir abouti la recherche, lorsque S me demanda quelques jours plus tard de lui montrer l’article dont seule une partie était en accès libre. Elle me dit alors qu’il serait quand même bien que nous ayons la suite, pour savoir ce qu’il s’est passé. J’ai ressenti à ce moment-là, étrangement, une forme d’agacement, du genre “c’est bon, on a la suite avec le résumé du livre de la mère, pas besoin de chercher plus… !” Je fus surprise de ma réaction intérieure et de cette pensée, et décidai de chercher un peu plus d’infos aux côtés de S. Nous avons ainsi passé la soirée à fouiller sur le net pour voir si nous pouvions trouver quelque chose de plus au sujet d’Adrian, de sa famille, de son histoire, et de ce qui pouvait découler d’un événement tel que celui-ci dans l’inconscient des femmes de la famille, un “féminicide” spécifiait S.

“Féminicide”, c’est contre la femme, dans ma psyché. L’acte du meurtre était-il contre la femme qu’était Nadine, ou contre l’aide qui voulait être donnée, ou contre l’autre, simplement ?


Nous n’avons pas eu beaucoup plus d’informations ce soir-là, sauf à pouvoir mettre un visage sur le nom, en découvrant une affiche d’un film dans lequel Adrian avait joué, Anacronia.

(https://www.captainwatch.com/film/442128/anacronias)


Toutefois, j’ai été prise de questionnements moi aussi sur ce qui pouvait être dit dans la suite de l’article, et nous avons rééessayé de créer un compte pour pouvoir payer pour lire la suite.

J’ai pensé que l’utilisation d’un VPN pouvait peut-être nous permettre d’y accéder.